Les croyances religieuses mexicaine n‘en finisse pas de m‘étonner, l‘incroyable syncrétisme entre croyances catholiques, précolombiennes, africaines… et leur faculté d‘ « actualiser » la religion, de la connecter toujours avec les aspects les plus quotidiens de la vie et de la pratiquer d‘une manière très simple, très proche. Ça vous passerait par la tete d‘aller chanter joyeux anniversaire à la statue d‘un saint le jour de sa fête? c‘est pourtant le cas quand les mariachis chantent las mañanitas à la Vierge de Guadeloupe le 12 décembre, fête nationale ou tous les voisins descendent dans la rue et passent la nuit à danser, à partager le repas et faire des feux d‘artifice. J‘ai donc décidé de présenter une petite série de saints très folkloriques.
(http://www.trovarelamerica.org/san-judas-tadeo-santo-de-los-latinos-desesperados/)
Et je commence par San Judas Tadeo.
Tous les 28 du mois, si vous vivez dans Mexico DF, il est très commun et fréquent de croiser des jeunes kékés de 14 ans, jean moulant, caleçon à carreaux, tennis de marque, casquette (pas von duch, mais très similaire, voir plus moche, avec des dessins et des strass) vissée sur le haut de crane, comme posée en équilibre, coupe de cheveux vaguement tectonique, diamant dans l‘oreille, qui tient par le bout des doigts une novia aux cheveux lissés, à la jupe très courte et aux yeux très maquillés, enfin vous connaissez, les même petits kékés de nos collèges bien français. (aye je me sens méprisante tout d‘un coup. Ce n‘est pas l‘intention…).
Sauf que le truc qui n‘en finit pas de me provoquer des fous rires, c‘est que le 28, le kéké sort, éventuellement avec ses frères, ses amis ou sa novia, à promener la (ou les) statue(s) de San Judas Tadeo. Comme un bébé, on la porte dans ses bras avec un mélange de précaution et de respect, parfois on lui fait un petit bisou sur le crane. Si ça amuse les Européennes incultes et bien loties comme moi, le culte de San Judas Tadeo, ce n‘est pourtant pas de la rigolade. Il suffit de voir comment la masse incroyable de fidèles bloque l‘artère principale de Mexico le jour de sa fête, le 28 octobre. San Judas, c‘est une mode. Disons plutôt que la forme de le vénérer et l‘engouement qu‘il provoque sont assez récents.
San Judas Tadeo était un des douze apôtres du Christ, à ne pas confondre avec le Judas traître qui a vendu Jésus. C‘est le saint patron des causes désespérées, maladies incurables, chômage et situation économique difficile, prison… saint vengeur, saint Etat providence, saint généreux et sensible aux prières de ses fidèles… Beaucoup de légendes courent au sujet des multiples miracles qu‘il a réalisé. Il est particulièrement vénéré dans les quartiers pauvres, parmi les plus marginalisés et les plus touchés par une crise économique qui n‘a pas attendu 2009 pour ravager la société mexicaine. Le culte est très répandu, mais particulièrement chez petits bandits, prostitué(e)s, vendeurs à la sauvette et autres boulots de l‘économie informelle pour survivre dans une situation plus que précaire. Le plus surprenant pour moi, c‘est que la grande majorité des fidèles sont jeunes, parfois des enfants de 10 ans, et surtout des adolescents et des jeunes adultes. D‘après Antonio Velasco Piña, l‘auteur de « San Judas Tadeo. Apóstol de las causas perdidas », ce sont en général des jeunes qui ne pratiquent pas la religion catholique, ne vont pas à la messe… Chaque 28 du mois ils font un pèlerinage jusqu‘au temple de Saint Hippolyte en exhibant sa statue tout le long du chemin. Saint Judas s‘est réellement transformé en phénomène social, vu le nombre de ses fidèles (toutefois limité à la capitale du pays). Et, je suppose, en phénomène commercial : tshirts, bracelets, statues, posters à l‘effigie de Saint Judas fleurissent.
En général (du moins pour les statues de Sain Judas en promenade que j‘ai croisé), le saint est paré de colliers de petites perles jaunes, vertes, moins souvent rouges ou café. Des colliers associés à la pratique de la Santeria. La Santeria, Lukumi ou Règle d‘Ocha, est une religion, proche mais distincte du vaudou, fortement implantée chez le voisin cubain par les esclaves yorubas. Elle implique la croyance en un dieu supreme, Olodumare, et ses émissaires, les Orishas. Ces derniers sont comme les intercesseurs entre les hommes et la divinité. La pratique de cette religion constitue surtout dans le culte de ces Orishas. (Santeria, un nom en soi dépréciatif, vient de l‘assimilation de chaque Orisha à un saint catholique, assimilation faite soit à dessein de l‘Eglise, soit au contraire par les esclaves pour pouvoir continuer de pratiquer leur religion interdite à travers la façade du catholicisme). La Santeria est également importante au Mexique, meme si parfois il s‘agit plus pour certains d‘un commerce d‘amulettes que d‘une véritable pratique religieuse.
… syncrétisme ou phénomène de mode ?…
promis, le prochain 28 du mois je descend dans la rue prendre des photos que je posterai par ici.













Il faut savoir qu‘á Mexico est implantée une longue tradition de cooptation et corruption des syndicats. Tellement bien ancrée, la pratique, qu‘elle porte même un nom : le charrisme. Pratiquement tous les syndicats du pays sont charristes. Concrètement, cela signifie que le leader syndical n‘est pas élu (il peut éventuellement y avoir une farce d‘élection truquée, mais en général les dirigeants ne s‘en donne même pas la peine), il est nommé par le gouvernement pour servir les intérêts de ce dernier. Tous, non, une petite poignée de syndicats encore démocratiques survivent encore et toujours à l‘envahisseur. Évidemment on comprend que le chef de l‘Etat voit d‘un mauvais oeil les récalcitrants. Luz y Fuerza del centro est une entreprise publique chargée de produire l‘électricité du district fédéral, et son puissant syndicat : SME, est connu pour son indépendance. Il compte 66 000 membres.










